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 Le jeu de la mort - Lucius / Sohane

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MessageSujet: Le jeu de la mort - Lucius / Sohane Mar 25 Nov 2014 - 21:05

5:10 des Exaltés, début de soirée pluvieuse au bord du lac Célestine.

Au fond de son verre tourbillonne l'alcool. Il accompagne le mouvement de la main droite, avec une douceur qu'il réserve aux amantes. Lucius embrasse le cristal. Les effluves se libèrent de leur prison, cherchent un nez averti, le trouvent. Lucius inspire longuement. Satisfait, il trempe ses lèvres bientôt rougies par le vin. A peine quelques gouttes parviennent à rejoindre sa langue avant qu'il ne repose son verre.

Le maître des lieux lui faisait face. Une longue silhouette drapée d'une veste carmin aux coutures d'or. Sur son col monté en rotonde fleurit une tête ronde. La lumière du lustre danse sur son crâne nu, dévale sur ses pommettes et finit par se perdre sans la barbe qui lui dévore le visage. Enivré, l'individu se contente de vider le contenu du récipient qui lui sert de verre. Il s'était servi son vin dans ce qui semblait être une chope. Du vin. Une chope.
Le sourire courtois qu'affichait le marquis ne tressaillit point.

Outre les verres, quelques souverains d'or se répandaient sur la table de chêne qui les séparait, ainsi que des cartes d'un jeu méconnu du narrateur. Ici la pioche, là-bas la défausse.
Le comte dévoila ses cartes au marquis, l'air goguenard. Parfait complice de l'arrogance, l'alcool pousse celle-ci à l'exhibitionnisme.

- Allons bon ! Je vais finir par croire que la chance du débutant n'y est pour rien, fit-il en éclatant d'un rire gras.

Ses mains ne perdirent pas un instant pour rafler les quelques piécettes mises en jeu.

- Saluons votre habilité. La bonne fortune m'abandonne et me pousse à m'incliner.

Cette capacité à feindre la sincérité, Lucius la possédait depuis son plus jeune âge. Lorsqu'il ne revêtait point le masque reptilien propre à son blason, c'est ce masque qu'il enfilait. Assoiffé, l'homme inquiet s'accroche aux lèvres qui lui offrent des mots si rassurants. Quelle arme formidable et trop souvent sous-estimée que le compliment.

- Je vous croyais particulièrement bon à ce jeu, êtes-vous souffrant ?
- Je me fais vieux, mais à ma connaissance, je ne couvre rien. D'où ma surprise face à la facilité que vous avez pour m'appauvrir.
- N'utilisez pas ces mots, cher ami. S'il m'était possible d'alléger les poches de quelqu'un d'autre, ce serait avec plaisir. D'ailleurs, vous qui fréquentez certains cercles de joueurs ... Pensez-vous ... croyez-vous qu'il serait possible, pour moi, que de m'y aventurer ?
- Par le Créateur, et que me restera-t-il à gagner lorsque vous aurez ruinés tous mes camarades ?

L'œil rieur et complice, il se pencha légèrement sur la table. A voix basse, il continua.

- Dans une semaine, j'ai rendez-vous avec le comte de Vigny et quelques connaissances. Mais généralement, les mises sont assez hautes, peut-être serait-il plus prudent de ...
- Pas d'inquiétude, je suis sûr de moi. N'ayez crainte. Je vous accompagnerai.

Lucius dut s'incliner légèrement pour dissimuler le sourire inamical qui étira son visage un instant. Étourdi par le venin, le rongeur ne voit pas la mâchoire du serpent se refermer derrière lui. Pour quelques pièces, Lucius venait de s'offrir un repas dont l'or de son nouvel ami serait la pièce maîtresse.

Un bruit sourd lui fit lever la tête. Le comte s'était presque écroulé sur la table, pour se relever aussitôt, errant sans but dans la grande pièce. Un simple hoquet fit presque déborder sa bouche de sucs gastriques. Main droite devant les lèvres, il leva son index gauche pour signifier une absence d'une ou deux minutes. Lucius lui offrit une moue compatissante et vit le noble s'effacer derrière la porte d'une antichambre vide. Quelques vibrations d'air parvinrent néanmoins jusqu'à son oreille : les plaintes de l'homme qui voit et sent la trahison de son estomac.
Le marquis de Merteuil se leva, se servit un nouveau verre, piqua quelques pièces sur la table puis s'empara de plusieurs essuies-mains. Le pas sûr, il fut rapidement dans l'encadrement de la porte qui le séparait de son nouvel " ami. " Du pied, il poussa la porte.

Spectacle surprenant, voire saisissant. Un frisson lui parcourt le corps. Mais il reste calme et tend son verre dans le vide.

-Un peu de vin ? Demanda-t-il avant de tendre les tissus que tenait son autre main. Ou de quoi vous essuyer ?
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