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 [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat Clothilde de Gerfaut

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MessageSujet: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat Clothilde de Gerfaut Mer 24 Juin 2015 - 13:01


Une lueur dans les ténèbres #2
Louis & Clothilde


✥ Date, mois, année Wintermarch, 2, 5 :12 des Exaltés  
✥ Lieu Tour de Monstimmard
✥ Moment de la journée Au cœur de la nuit
✥ Autre -



Avant d'arriver aux cuisines, en passant devant sa cellule, Louis s'esquiva un instant, le temps de récupérer un manteau plus décent, une bourse d'herbes, et un peu de cherry de ses vergers natals. Clothilde avait continué d'avancer, perdue dans ses pensées, et à peine remarqué l'escapade du mage. Tant mieux, se dit-il, cela lui éviterait des questions.

Il la regardait marcher, fixant obstinément sa chevelure, ne pouvant s'empêcher de noter la gêne qu'elle éprouvait à chaque mouvement un peu brusque.
Louis fronça les sourcils. Jeremy, le templier médecin qui s'occupait de ses frères, n'était certes pas un artiste. Il avait fait un bandage techniquement efficace, mais sans considération pour sa patiente. Chaque mouvement devait provoquer des compressions et des tiraillements dans le bras en attelle. Vu les traits tirés de la jeune femme, le templier soigneur avait encore dû obstinément refuser de donner des philtres antalgiques à sa patiente, par peur des interactions avec le lyrium qui courait dans ses veines. Il faudrait vraiment un jour qu'il prenne le temps d'avoir un explication sérieuse au sujet des infusions, cataplasmes et onguents dont se doit de disposer un médecin digne de ce nom...

Clothilde s'engagea sans attendre dans l'arrière cuisine pour y faire son petit marché. Louis imaginait déjà la tête d'Eliana quand elle verrait qu'on avait fouillé chez elle... Il envisagea un instant d'accuser Jain, juste pour voir sa tête.

Déposant son fardeau sur le banc près de lui, et la bouteille sur la table, il entreprit de raviver le feu dans l'âtre. Il lui arrivait parfois de regretter son absence navrante de talent élémentaire. Même rallumer un feu qui couve semblait au dessus de ses moyens, et en voyant sortir Clothilde de la réserve, il dosa mal son souffle, se projetant une grosse volée de cendres à la figure; toussant et crachant, il s'essuya dans un torchon voisin, laissant de grosses marques de suie sur le tissu.

Il se releva, aussi dignement que possible, notant qu'une toute petite flammèche avait fini par jaillir.
Je vous en supplie, si vous pouviez seulement desserrer ça....


Il y eut un instant de flottement.
Puis, Louis s'approcha de la jeune femme, et tendit la main vers son épaule.
Une douce chaleur au creux du ventre, il tenta de conserver un air le plus professionnel possible pour examiner l'oeuvre de son confrère. Du travail de cochard, mais qui faisait le job.
Le bandage remontait sur le bras, mais de façon peu utile, bloquant le coude mais aussi l'épaule, alors que seul l'avant-bras était touché.
Dommage que la fracture n'ait pas été mieux réduite avant... Il se rappela brièvement l'état dans lequel il avait trouvé le membre après le coup de l'horreur troglodyte. Jeremy était totalement incapable de gérer ce genre de blessures.

Il batailla quelques instants avec les bandages et les attelles métalliques, puis, agacé, se saisit d'une dague pour découper purement et simplement le tout. Délicatement, il glissa la lame effilée contre la peau douce, assurant de l'index le cheminement du fil.
Le contact de ses doigts avec le bras de la jeune femme lui laissa le souffle court. Il fallait absolument qu'il se reprenne. Il récita mentalement son mantra, et prit un instant pour réfléchir et se calmer. Essayant d'affecter le détachement qui aurait dû être le sien, il fit mine d'être parfaitement décontracté.

"Ne bougez pas, le temps de que refasse quelque chose de propre. Puis-je vous proposer au moins de ressouder les os convenablement?" ajouta-t-il en agitant vaguement les doigts devant son nez, en un geste évocateur.

Il versa une rasade de cherry dans un gobelet ramassé sur le meuble de desserte, qu'il plaça devant Clothilde. Puis, défaisant sa propre écharpe, il entreprit de l'adapter sur la jeune femme.
"Attention, ça va faire un peu mal, le temps que je repositionne votre bras dans l'alignement", prévint-il, tirant le coude et le poignet juste après le mot "bras", pour remettre au moins généralement l'avant bras dans son axe. Il prit soin de faire cela de manière vive et franche, pour ne pas faire durer la douleur plus que de raison.
"Buvez, maintenant." lança-t-il, plus calme en apparence qu'il ne l'était réellement.
Se relevant, il s'éloigna un peu, le temps de laisser la jeune femme l'insulter copieusement si elle en éprouvait le besoin, pour se remettre de la médecine expéditive qu'il lui avait appliqué.

Après tout, rien n'obligeait à ce que l'expiation qu'elle voulait s'infliger ne se prolonge indéfiniment. Il pouvait lui procurer aussi rapidement douleur cathartique et guérison.

Il alla préparer le cataplasme à base de champignons des tréfonds et de grâce royale dont elle aurait besoin pour retrouver un sommeil plus calme et sans douleur.


Dernière édition par Louis de Ghislain le Lun 29 Juin 2015 - 23:38, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat Clothilde de Gerfaut Mer 24 Juin 2015 - 17:09

Malgré toute la délicatesse dont Louis faisait preuve, chaque geste du mage provoquait une violente vague de douleur. Clothilde serrait les dents. Les doigts de l’enchanteur paraissaient brûlants sur sa peau glacée. Lorsqu’il décida de couper purement et simplement le bandage, le soudain relâchement de pression sur le bras de la templière lui arracha un soupir soulagé. Elle pouvait presque sentir le sang revenir dans ses doigts gourds. La couleur de son avant-bras et son étrange torsion, en revanche, lui arrachèrent une grimace de dégoût.

« Quand j’aurais retrouvé ma mobilité, rappelez-moi d’aller discuter de ça avec Jeremy. »

Le boucher méritait bien son surnom. L’état de sa blessure ne semblait pas meilleur que dix jours plus tôt ; peut-être même avait-il empiré. Louis manipulait son bras avec une douceur inattendue, prenant garde à ne pas déclencher plus de souffrances, et cette sensation lui arracha un frisson. Sans relever la tête, elle porta le regard sur lui pour l’observer à la dérobée. C’était un bel homme. Certes, l’inaction à la tour lui avait donné des muscles longs et déliés, loin de la musculature développée des templiers, mais il avait un visage avenant, et un sourire non moins séduisant. Ses yeux bleus pétillaient de malice – d’ordinaire, car cette nuit-là, il avait l’air aussi épuisé qu’elle. Avait-elle rêvé tout à l’heure ? Ils avaient toujours discuté simplement, avec une sympathie certaine l’un pour l’autre. Si elle devait se méfier du mage, Clothilde respectait et appréciait l’homme. Mais ce qu’il avait dit...
Le geste de Louis la ramena à la réalité. Elle sut qu’elle ne pourrait pas couper à une séance douloureuse, et avala une rasade de cherry avant même de commencer.

« Je suis désolée. Je crains de ne pas être prête pour ça. Mais si vous pouvez au moins rendre à mon bras un aspect normal, je vous en prie, allez-y », conclut-elle, mâchoires crispées.

Les derniers mots de Louis furent couverts par son cri de douleur, qu’elle ne chercha même pas à contenir. Son poing droit se serra sur sa jambe. Elle sentit ses ongles s’enfoncer dans sa chair, mais cette sensation lui parut bien trop ridicule pour rivaliser avec l’autre. Les larmes perlèrent au bord de ses paupières closes. Trop éprouvée pour réussir à prononcer la moindre parole, elle ravala ses malédictions et ses imprécations, tapant du pied sur le sol comme s’il pouvait absorber une partie de la souffrance. Puis, quand la vague reflua suffisamment pour lui permettre de bouger, elle tendit son bras valide vers le verre et le vida d’un seul trait.
Il lui fallut un moment pour pouvoir regarder Louis, et plus encore pour parvenir à le remercier. La douleur était maintenant lancinante, comme un bruit de fond. Clothilde passa une main fébrile sur son front moite.

« Réflexion faite, je ne discuterai pas avec Jeremy. Je pense que je le tuerai. »

Comment pouvait-on se prétendre guérisseur quand on n’était même pas capable de réduire une fracture correctement ? Il faudrait qu’elle en touche deux mots au Templier-Capitaine – si par chance il la jugeait toujours digne d’être reçue en entretien. Elle redoutait désormais le moment où Louis reviendrait pour le bandage, tout en estimant qu’il ne pourrait pas y avoir pire douleur que celle-ci.
Elle réalisa que Louis avait remis son bras en place avec sans tenir compte de ses propres blessures. La surprise la fit se redresser, considérant le mage qui s’efforçait de préparer un remède. L’embarras envahit Clothilde. De nouveau, il mettait de côté sa propre personne pour s’occuper d’elle. De tout autre mage, cette idée l’aurait contrainte à partir sur le champ. De Louis, elle demeurait immobile, le cœur battant bien trop vite à son goût. Un mage. C’était un mage.
Sans attendre, elle remplit son verre de cherry et le poussa dans sa direction.

« Je commence à avoir beaucoup de dettes envers vous, Louis de Ghislain, fit-elle remarquer en le regardant boire. Je n’aurai jamais les moyens de vous rembourser. »

Elle s’attendait à ce qu’il balaye même la simple évocation de cette dette. Elle le connaissait dévoué et courtois, elle le découvrait généreux. Peut-être même trop. Le regard rivé sur lui, elle imagina ce qui se serait passé dans un monde dépourvu de magie, si elle n’avait jamais été templière, et lui jamais captif du Cercle. Idée ridicule. Ses parents l’auraient contrainte à épouser Yver de Kaflan, et elle n’aurait connu Louis de Ghislain qu’à travers le prisme déformant d’un masque du Noble Jeu. Malgré leurs positions respectives, ils pouvaient au moins se regarder en face, dévoiler leur vrai visage. Ils pouvaient se montrer francs.

« Je ne supporte plus d’être enfermée ici, soupira-t-elle. J’ai l’impression que les murs se referment sur moi. Quand je pense que vous êtes prisonniers ici depuis l’enfance... »

Elle déglutit, embarrassée. Ses convictions s’étaient trouvées ébranlées depuis la fuite des mages, puis lorsqu’elle avait aidée Helene Sutter à en savoir plus sur son passé. L’inactivité de ces derniers jours la poussait à réfléchir encore à ces considérations, et le doute qui l’envahissait avait un goût amer.

« J’ai failli mourir à Val Firmin, parce que je ne suis plus capable de me battre comme avant. Je veux retourner sur le terrain, mais je veux… qu’ils sachent. Qu’ils acceptent. Je veux qu’ils comprennent pourquoi ils doivent vivre au Cercle, et qu’on puisse améliorer tout ça. Si nous leur expliquions mieux... »

Elle secoua la tête, frotta son front du bout des doigts. L’insomnie, la douleur et le cherry rendaient ses idées confuses. L’odeur de Louis, sur le manteau qu’elle portait, la troublait presque autant. Et, pire que tout, sa propre incapacité à repousser ce vêtement, à se défaire de ce parfum…
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MessageSujet: Re: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat Clothilde de Gerfaut Jeu 25 Juin 2015 - 16:29

Entendant la voix tendue de la jeune femme dans son dos, Louis se retourna pour lui sourire franchement.
"Vous savez, beaucoup de mes collègues considèrent la Tour comme une prison, et les Templiers comme des geôliers, mais ce n'est pas mon cas. Les gens, dehors, nous haïssent, parce qu'ils ne nous comprennent pas. Alors qu'ici, combien de découvertes fondamentales les Tours ont-elles produites, parce qu'elles offrent un havre de paix et d'éducation à ceux qui manifestent de la magie?
Il repensa à tous les apprentis qu'il avait vu arriver, tabassés par leurs voisins qui craignaient qu'ils ne causent un accident. Et aussi, aux échecs de certains d'entre eux, possédés finalement par l'un des nombreux démons qui vivaient de l'autre côté du Voile, n'attendant qu'une porte ouverte.

La question, c'est : est-ce que les murs de la Tour empêchent les mages de sortir, ou les hordes de citoyens d'entrer pour nous brûler vifs, par peur ou par vengeance? Combien de mes compagnons ont tué, accidentellement ou non, des proches au moment de leur révélation? Combien d'entre eux auraient su canaliser cette force sans en mourir? Sans finir comme l'Abomination que nous avons combattu à Val Firmin?


Moi-même, la première fois que ça m'est arrivé, c'était pour sauver un jeune paysan, un ami, qui tombait d'une grange. Mais je lui ai brisé les jambes au passage. Même quand ont veut guérir et protéger, un talent mal maîtrisé est dangereux. Je suis de haute extraction, et j'aurais pu passer ma vie dans l'oisiveté, pour apprendre et domestiquer mon don; mais ce n'est pas le cas de tout le monde.
Combien de paysans auraient vécu une vie de misère et de souffrance, raccourcie par un accident magique, si les Tours n'existaient pas? Combien surtout résisteraient aux tentations et aux émotions débordantes qui étaient le lot quotidien des humains, et spécialement des mages?

Voilà qui était encore plus grave; une Abomination à la Tour était vite maîtrisée, vite canalisée. Un mage apostat, sauvage ou fuyard, était à la fois une proie facile, et un danger énorme pour la population. Qui, une fois traumatisée par une telle créature, tabassait le mage suivant, le rendant facile à posséder...

C'est ce que j'essaie d'inculquer aux jeunes apprentis qui arrivent ici. Il est indispensable de dresser son don, comme une cheval sauvage, pour en faire un partenaire et un allié de confiance. La Tour n'est que le moyen le moins mauvais qui ait pu se trouver pour nous offrir cette chance.
C'est pour ça que je choisis les plus durs, ceux qui ont le plus de chance de mal terminer. Il serait trop long de faire comprendre à chaque révélé qu'il n'a pas d'autre choix que d'intégrer le Cercle, mais il faut absolument les débarrasser de ce sentiment d'emprisonnement et de séquestration qui les habite à leur arrivée.


Louis se rembrunit un peu, en réfléchissant à l'autre versant du problème.

Vos confrères ne me facilitent pas le travail, ceci dit. Je me souviens de ma propre arrivée: le chef du détachement ne s'embarrassait pas de manières, me troussant comme un rôti dans une mauvaise corde de chanvre, et m'interdisant de parler pendant les deux jours du voyage. Il puait la peur, et la grossièreté. Il m'a fallu des mois pour ne plus avoir envie de le tuer.  De cette façon, n'importe qui aurait l'impression d'être injustement emprisonné. Et encore j'ai découvert ensuite que j'avais plutôt bénéficié d'un traitement délicat, face à ceux qui sont battus à en perdre conscience, parqués dans des cages en fer occultées, enfermés dans des malles...

Louis termina sa mixture, et se dirigea vers le banc, où Clothilde piquait un peu du nez, son attention distraite ou focalisée sur la douleur; et entreprit de lui badigeonner l'avant bras.
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MessageSujet: Re: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat Clothilde de Gerfaut Sam 27 Juin 2015 - 16:37

Au fur et à mesure qu’il parlait, les mots de Louis résonnaient dans le cœur de Clothilde. C’était ça, ce qu’elle avait toujours cherché, ce qu’elle avait toujours voulu faire comprendre, tant aux mages qu’aux templiers. L’enchanteur l’exprimait avec clarté et conviction. Si les enfants et les apostats entendaient de telles paroles au moment où les templiers les trouvaient, peut-être accepteraient-ils de rejoindre le Cercle avec plus de facilité. Peut-être serait-il plus aisé de les convaincre du bien fondé des tours, de leur nécessité, de ce qu’elles apportaient aux mages. Elle avait souvent entendu Louis dire du bien du système en place, mais elle comprenait désormais mieux son opinion. Il avait compris, lui, comment parler à ses pairs, comment leur faire comprendre. Et tandis qu’il enduisait son bras de son onguent, avec la délicatesse d’une caresse, elle se pencha en avant pour capter son regard.

« Si je vous donnais l’opportunité d’expliquer cela aux apostats, m’aideriez-vous à les convaincre de rejoindre le Cercle ? Si vous aviez la possibilité de sortir d’ici, avec moi, seriez-vous d’accord pour donner votre point de vue à d’autres mages ? Ils vous écouteraient, vous. Ils vous feraient confiance. Mille fois j’ai essayé de les convaincre, et je n’y suis pas parvenue la moitié du temps. Mais s’ils entendaient un des leurs parler comme vous venez de le faire, ils le croiraient, beaucoup plus qu’une templière. Et peut-être pourrions-nous faire changer les mentalités ! »

Impétueuse, elle avait saisi le poignet du mage comme pour sceller une promesse. En quelques mots, Louis venait de lui rappeler pourquoi elle avait choisi de rejoindre l’Ordre. Ce n’était pas seulement pour servir le Créateur, pour protéger la population du danger représenté par les mages, et encore moins pour enfermer ceux-ci jusqu’à la fin de leurs jours. Elle avait endossé l’armure pour convaincre les apostats de manière pacifique, autant que faire se peut. Pour éviter que ne se reproduise le drame qui avait coûté la vie à son frère, sa mère, et ceux qui avaient péri dans les flammes ce jour-là. Elle avait failli oublier qui elle était, et c’était un mage qui le lui rappelait !
Clothilde baissa les yeux sur le bras que Louis tenait toujours. Avant de pouvoir quitter la tour pour réaliser ses projets, il lui faudrait guérir, et réparer une fracture prenait du temps. Elle devrait ensuite réapprendre à son bras affaibli comment porter un bouclier et endurer les coups. La blessure lui coûterait au moins six mois de convalescence – la décision n’avait pas été officiellement prise, mais on finirait tôt ou tard par l’envoyer à la Flèche Blanche pour se rétablir, et elle ne reviendrait pas à Montsimmard. Or, elle ne comptait désormais plus s’en aller. Tout à coup, Louis de Ghislain avait ranimé en elle la foi qui l’animait à son entrée dans l’Ordre.
Elle aurait à s’expliquer sur cette guérison miraculeuse, mais tant pis. Elle refusait de tout perdre alors qu’elle venait juste de retrouver une motivation perdue depuis des semaines. Et, par le Créateur, cette fracture faisait un mal de chien !

« S’il vous plaît… Faites votre… »

Clothilde ne prononça pas les mots, mais, comme Louis un instant plus tôt, agita les doigts en l’air. C’était sans doute la plus grande marque de confiance qu’elle pouvait lui accorder – et elle n’aurait jamais formulé cette requête devant un autre mage de la tour. Un templier n’acceptait pas l’aide des enchanteurs. Elle-même n’avait été soignée que deux fois par magie, et uniquement alors qu’elle était incapable de refuser. Le demander de vive voix, de son plein gré, représentait bien autre chose. Ce n’était pas seulement une main tendue vers lui, mais bien une offre de partenariat, un gage d’approbation. Peut-être même d’affection.
Elle regarda l’enchanteur, l’esprit soudain très clair. Tout à coup, la fatigue, la douleur, le doute l’avaient quittée. Clothilde savait exactement ce qu’elle avait à faire, comment le faire et à qui s’adresser, et l’énergie pour agir venait de l’envahir, aussi sûrement que la magie qui lui insufflerait Louis pour la soigner. Finalement, un large sourire se dessina sur ses lèvres, et la lumière revint sur son visage marqué par l’insomnie.

« J’ai de nouveau une dette envers vous. Je crains qu’il ne faille étaler le paiement sur plusieurs mois, car ma solde n’y suffira pas. »

Sa main tenait toujours le poignet de l’enchanteur. Son sourire disparut quelque peu tandis qu’elle fixait le regard azuré du mage, avant de s’effacer tout à fait. Bien trop précieuse. Clothilde relâcha lentement la pression de ses doigts sur la peau de Louis et tourna la tête, dissimulant son embarras derrière la masse désordonnée de ses cheveux de jais. Ses yeux s’attardèrent sur la fenêtre. Dehors,  l’horizon commençait à s’éclaircir.
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MessageSujet: Re: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat Clothilde de Gerfaut Sam 27 Juin 2015 - 21:27



Un frisson le parcourait. Elle le touchait, avec force et engagement, avec une tension palpable. Elle lui tenait le poignet. Il l'entendait parler, mais devait faire un effort insurmontable pour comprendre de quoi. Sa voix était son reflet, un velours aux reflets d'acier. Elle lui demandait de sortir avec elle?  Non, elle voulait qu'il l'accompagne? Dehors, pour aller à la chasse aux révélés? Mais oui!

"Je vous accompagnerai où vous voudrez, ma Dame!

Je veux dire, heu, si je peux aider de jeunes mages à mieux accepter leur don, je serais un bien piètre mentor de refuser. Et puis, heu, ben, ça me donnera l'occasion de sortir un peu de la Tour. Et accessoirement, ma magie permet de neutraliser la plupart des manifestations magiques standards.  En cas de pépin je pourrais inhiber les récalcitrants le temps de les ramener à la Tour, sans chaînes et sans coups... Et puis, enfin, vous voyez, quoi, hum, je pense que oui, hum, ce serait utile que je puisse vous accompagner, bien sûr. Bien sûr...


Il était heureux d'en avoir parlé avec elle. Il avait déjà entendu Clothilde discuter avec ses collègues, et il avait parlé à Hélène, qui se méfiait de tout le monde, mais spécialement peu de cette templière-ci. C'était à cause de cela qu'il avait commencé à s'intéresser à elle.
Et lorsque la forme sublime le fond, que peut le malheureux mortel pour s'éviter les transports de l'âme? Cela faisait des mois qu'il l'observait à la dérobée, elle, la Templière, l'une des rares femmes de la Tour à qui lui était totalement interdit de s'intéresser, même en pensée.  Et pourtant, elle avait peu à peu obsédé son esprit, absolument, . Il voyait en ses disciples les ressemblances avec elle; en ses anciennes amantes, les portions d'elle qui l'avaient séduites; il jugeait les autres Templiers avec une bonhomie presque coupable (notamment, pour Bloedwenn, qui le lui reprochait assez), à cause d'elle.

Et voilà que, tout soudain, elle s'enflammait pour un projet commun. Pour lui? Il hésita. Devait-il lui livrer le fond de ses pensées, au risque de tout gâcher, ou se taire, et renoncer à cet émoi impossible (et infantile, puisqu'il la connaissait si peu)?
Elle agitait les doigts devant son nez. De longs doigts graciles, mais une paume forte. Des ongles courts et cassés, mais une peau de pêche. Elle avait vraiment de jolies mains, et des doigts à la fois féminins et endurcis...
Quoi? ses doigts? Magie? Elle? Tiens, qu'était devenu ce chirurgien de Lydes qui ouvrait les gens pour leur recoller les os? Qu'il s'approche de Clothilde, Louis se jura de le transformer en pot de chambre!  

"Heu, excusez moi. Je préfère être bien sûr. Vous voudriez quand même que je... j'accélère votre guérison? Complètement? Je peux, bien sûr. Mais si ça vous embarrasse, je peux aussi ressouder l'os, et vous laisser avec votre luxation et vos angiomes, qu'il vous faille quand même quelques semaines pour retrouver un bras de donzelle.
Il reprit un peu son empire sur lui-même, et siffla à son tour une belle rasade de cherry pour le remettre les idées en place.
L'entraînement sera un peu plus laborieux, mais en appliquant ça -il tendit le bol d'onguent- sur votre bras chaque soir, vous devriez être rétablie avant d'avoir obtenu tous les tampons de Cousland, Kahrs, l'Impératrice, la Divine et les trois mille autres dignitaires devant valider votre projet.

Son poignet était toujours emprisonné dans la poigne de la jeune femme, et un doux engourdissement commençait à envahir sa main. Il approcha l'autre du bras de la jeune femme, et commença par insuffler l'énergie de jouvence dans les os cassés. Il saisit chaque esquille pour qu'elle regagne sa place, détruisit les éclats trop lointains, leur substituant la magie, et cimenta l'os, négligeant pour l'instant les chairs meurtries.

Comme la première fois, il avait l'impression d'essayer d'injecter de l'eau dans un trou d'aiguille, au lieu du goulot de bouteille dont il avait l'habitude. La magie sourdait intensément, mais en quantité très faible, et il lui fallait pousser fort pour la faire pénétrer. Il se sentait assez fort pour la faire pénétrer dans un marbre du hall.

Il leva les yeux, alors que les dernières fêlures se reconstituaient.
Clothilde lui adressait un sourire à vous fondre les os, et le remerciait, encore.
"Dame, si vous acceptez mon aide, vous faites de moi le plus heureux des hommes. Des mages, je veux dire. Enfin, vous ne me devez rien. Je suis votre obligé, aujourd'hui et toujours. Vous me proposez de quitter cette Tour aussi souvent que je voudrais, en votre compagnie.Que pourrais-je espérer de mieux?"
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MessageSujet: Re: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat Clothilde de Gerfaut Lun 29 Juin 2015 - 21:54

« Si vous pouvez vous arrêter à l’os, ce sera très bien. J’éviterai les questions embarrassantes sur le miracle qui me frappe. »

Sentir ses os se ressouder était loin d’être aussi douloureux que Clothilde l’imaginait. Elle sentait l’afflux de magie dans son bras, qui ressemblait à l’écoulement d’une eau tiède à l’intérieur même de sa chair. Elle ressentait même la patience que Louis insufflait à chacun de ses gestes : il œuvrait fragment par fragment, miette par miette, rassemblant lentement chaque morceau d’os pour reformer le bras à son état initial. Clothilde laissa son regard s’attarder sur ses mains aux longs doigts fins, des mains élégantes et douces, qui avaient caressé bien des peaux avant la sienne. La réputation de Louis n’était plus à faire à la tour. Il avait eu de nombreuses conquêtes parmi les mages du Cercle, et si l’on en croyait les rumeurs, les trois années qu’avait passées Clothilde à la tour étaient une piètre représentation de son tableau de chasse.
Elle refoula ces pensées dérangeantes au fond de son esprit, et détourna les yeux. L’enchanteur avait manifesté un enthousiasme certain pour son projet. Puisqu’il avait toujours été un mage exemplaire, jamais rétif aux règles du Cercle et toujours respectueux des Templiers et de la Chantrie, Clothilde était certaine que le Templier-Capitaine approuverait ce projet. Ils devraient accepter de voyager avec quelques autres membres de l’Ordre, pour garantir la sécurité de Louis, mais ce serait un moindre mal par rapport à la perspective de demeurer captif. Elle se mordilla la lèvre, pensive. Il s’était enthousiasmé à cette idée, et elle avait ri de son empressement. Sans le savoir, il venait de lui redonner un but, un espoir… la foi.
Lorsque le guérisseur eut achevé sa besogne, la templière tenta de remuer les doigts. Ils obéirent sans difficulté, mais une violente douleur arracha une grimace à la jeune femme.

« Excellent travail, concéda-t-elle. Personne n’imaginera ma guérison magique, de cette façon. »

Elle eut un sourire en coin. Les « merci » avaient été bien trop nombreux cette nuit pour en ajouter un de plus. La lancinante vague de souffrance avait fini par déferler, pour la dernière fois, et les eaux étaient de nouveau sereines. Clothilde bâilla, comme si la magie avait eu sur elle un effet lénifiant.

« Je crois que je vais me passer de l’office du matin, soupira-t-elle en jetant un coup d’œil à l’horizon rougeoyant. J’ai un peu de sommeil en retard, et quelques lettres à écrire. Cette offre ne restera pas sans effet, Louis, ajouta-t-elle pour le rassurer sur ses intentions. Je ferai ce qu’il faut pour ça. »

Durant une seconde, elle hésita. Sa main s’était levée d’elle-même pour se poser sur celle du mage, mais elle retint son geste. L’instant de grâce où ils n’étaient qu’un homme et une femme s’était fané quand cette idée avait germé en elle. Ils étaient redevenus un mage et sa geôlière, ni plus, ni moins. Et pourtant elle conservait son vieux manteau sur ses épaules – elle l’y avait oublié, comme s’il avait toujours été là – et les mots qu’il avait prononcés refusaient de quitter son esprit. Quand était-elle devenue si sentimentale ? De tels mots, d’autres lui en avaient susurré à l’oreille alors qu’elle gisait alanguie dans des draps brûlants, mais aucun ne l’avait ainsi troublée. Pourquoi maintenant ? Pourquoi lui ?
Clothilde ramena sa main près d’elle et se leva. La cuisine n’allait pas tarder à s’activer. Elle préférait ne pas se trouver dans les parages quand Eliana découvrirait le capharnaüm dans son domaine. Quant à Louis, on lui reprocherait assurément d’avoir erré dans les couloirs en pleine nuit, et on lui demanderait des comptes.

« Venez, je vous raccompagne à votre chambre. Il serait dommage que vos admiratrices vous aperçoivent en chemise de nuit, ne croyez-vous pas ? Et encore plus dommage qu’un templier vous demande pourquoi vous vous promenez à une telle heure dans la tour. Avec la paranoïa qui règne ces derniers temps, il pourrait croire que vous complotez quelque chose. »

Et que croiraient ceux qui verraient la jeune femme quittant le quartier des mages à une heure si évocatrice, en tenue de nuit, les cheveux ébouriffés et l’œil lourd de sommeil ? Cette pensée amena un feu nouveau sur ses joues pâles. Fraterniser avec un mage valait radiation de l’Ordre. Elle pourrait s’expliquer, mais la réputation de Louis de Ghislain compromettait les chances qu’on la croie.
Une fois encore, elle hésita, non sur le geste à avoir ou non, mais sur ce qu’il convenait de faire, et son hésitation ne dura que le temps d’un battement de cœur. Elle n’aurait qu’à dire la vérité, tout simplement. Même convalescente, elle faisait son devoir de templière en raccompagnant le mage à sa chambre. Ce que les mots de Louis avaient éveillé ne concernaient qu’elle – elle uniquement, pas lui, car lui en faire part l’aurait fait mourir de honte. Sans un mot, elle se dirigea vers la sortie, sans s’embarrasser du rangement de leur collation nocturne. Peu importait. La vérité, c’était que cette escapade nocturne lui avait paru bien trop courte à son goût.
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MessageSujet: Re: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat Clothilde de Gerfaut Lun 29 Juin 2015 - 23:27

Par Andrasté! Voilà qu'elle lui parlait de ses conquêtes, et de Templiers! Louis était catastrophé.
Et elle parlait en plus de se quitter! Elle ne mettait pas immédiatement fin à leur moment, bien sûr, mais cela sentait quand même gravement le sapin.

C'était hors de question. Vite, une idée!
En attendant mieux, il fit mine de se fâcher gentiment
Ha, mais ne croyez pas vous en tirer si vite, jeune fille. Nous sommes loin d'en avoir fini avec vos soins, damoiselle! L'attelle n'est peut-être plus indispensable, mais elle est encore nécessaire pour la galerie pour quelques jours; et les bandages éviteront les épanchements.

Vous devrez prendre régulièrement vos potions, et arrêter la saloperie que Jérémy vous fait ingurgiter. Pardon de vous le dire, mais ce brave homme ne comprend rien à l'alchimie. C'est un médecin passable, mais sa pharmacopée est honteuse.


Il se saisit de la bande de lin, qu'il enduisit copieusement d'onguent avant de l'enrouler autour du bras de la jeune femme. Puis, lui mettant l'écharpe autour du cou, il glissa le bras dans son berceau.  

Tout en travaillant, il continua de parler, glissant un regard par en dessous pour guetter la réaction de sa compagne, à un instant précis.

"Je pense qu'il serait bon que je propose à Cousland de suppléer le Boucher, le temps que les templiers soient remis sur pied. Au moins pour les blessés les plus sérieux.

Et, de cette façon, personne se s'étonnera que nous ayons à nous voir, mettons, deux fois par jour... Je suis prêt à soigner tous vos frères pour voler quelques instants de votre temps."


Il se saisit de la main de Clothilde en train de se lever, et l'attira sur le banc. Après tout, c'est elle qui l'avait touché la première, il avait le droit de lui rendre la pareille, non?

Soudainement, il l'attira à lui, et l'embrassa avec l'art consommé né d'une pratique qui trouvait soudain sa justification. Il ne se prétendait pas expert, mais pas trop maladroit non plus. Il se satisfit déjà qu'elle ne lui ait mordu ni la langue, ni les lèvres...

Lorsqu'il relâcha son étreinte, au bout d'un instant à peine, un petit sourire flottait sur ses lèvres.

En vérité, très chère, j'adhère à votre projet parce que c'est vous, parce que c'est moi. Je sais bien que vous êtes une Templière, et moi un mage, mais je vois sous votre armure il réalisa subitement ce qu'il disait, et éclata de rire, sans savoir si c'était de nervosité ou d'allégresse Je parle au figuré, bien entendu. Je n'ai pas encore réussi ce tour là.

Il s'éloigna d'un pas à peine, pour qu'un observateur inopportun n'aperçoive qu'une conversation anodine.
Si votre proposition tient toujours, je serais ravi, vraiment ravi, que vous me raccompagniez chez moi. J'ai quelques remèdes à vous administrer encore, avant de vous laisser vaquer à vos occupations du jour...
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MessageSujet: Re: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat Clothilde de Gerfaut Mar 30 Juin 2015 - 15:44

Voilà qu’il recommençait, avec ses phrases ambiguës, son regard coulant et son sourire en coin. Et voilà que le cœur de Clothilde se remettait à battre à un rythme curieux, que son estomac se nouait, et que le sang affluait sur ses joues. Pourquoi avait-il besoin d’une excuse pour la voir ? Pourquoi voulait-il à tout prix la voir ? Il l’avait empêchée de partir, et elle avait retenu sa respiration. Mais ce à quoi elle s’était attendue n’arriva qu’après, et bien qu’elle l’eût imaginé l’instant d’avant, le baiser de Louis la prit au dépourvu. Elle ne le lui rendit pas, ni ne le repoussa, mais un long frisson la parcourut, jusqu’à ce que le contact se rompe, presque trop brutalement à son goût.
Clothilde demeura silencieuse et immobile. Elle aurait dû quitter la pièce sans attendre, mais en était incapable. Son cœur lui semblait prêt à jaillir hors de sa poitrine et elle avait le souffle court. Louis souriait, sans se moquer d’elle – l’offre qu’il lui faisait paraissait sérieuse et pleine d’espoir. Elle songea un instant à ce qui se produirait si elle acceptait. Ils descendraient dans les quartiers des mages, Louis lui ouvrirait sa porte, ils ne sortiraient plus de la petite pièce de toute la journée. Et après ?

Mais le baiser du mage avait annihilé toutes ses facultés de réflexion. Sans penser un seul instant aux conséquences, Clothilde saisit son visage entre ses mains pour l’embrasser à pleine bouche. Sa fougue renversa Louis en arrière, il buta contre la table et elle songea subrepticement à sa clavicule douloureuse. Elle ne s’écarta pas pour autant. C’était un homme, comme tous les autres, comme ceux qu’elle avait connus autrefois – enfin non, mais elle n’était plus très sûre de ses propres idées sur la question. Les mains de l’enchanteur se posaient sur elle avec douceur et fermeté, ses lèvres brûlaient les siennes, et elle savourait pour une fois son absence d’armure qui lui permettait de sentir son corps contre le sien. C’était de la folie. Elle le connaissait à peine, et ce qu’elle savait de lui aurait dû suffire à lui faire prendre ses distances. Elle aurait dû le frapper pour son audace. Au lieu de cela, sa main cherchait la faille dans les vêtements de Louis, tâtonnait à la recherche de sa peau.

Et soudain la raison lui revint, aussi brutalement qu’une gifle en pleine figure. Louis de Ghislain était un enchanteur, elle était une templière. La passion qui la saisissait tout à coup valait-elle de risquer sa vie dans l’Ordre ? Si quelqu’un apprenait, si quelqu’un les surprenait, elle en serait radiée séance tenante, et ils ne se verraient jamais plus. Elle sentit son cœur se serrer, et le pire, c’est que ce n’était pas seulement à l’idée de compromettre son avenir.
À contrecœur, Clothilde rompit le baiser. Les doigts glissés dans ses cheveux, le front appuyé contre le sien, elle n’osa pas lever les yeux vers Louis, ni expliquer son retrait brutal. Sans un mot, elle secoua la tête en signe de refus, puis s’écarta de lui. Elle ne le raccompagnerait pas à sa chambre. Non parce que ce qu’il avait fait la répugnait – par le Créateur, bien loin s’en fallait – mais parce qu’elle redoutait ce qui se passerait alors. Sans rien ajouter de plus, la jeune femme se leva pour gagner la sortie des cuisines. Ses doigts se hissèrent jusqu’à ses lèvres. Elle ne les essuya pas.
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MessageSujet: Re: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat Clothilde de Gerfaut Mer 1 Juil 2015 - 18:18



Elle s'enfuit. Elle, la farouche guerrière, qui défiait en combat singulier des abominations et des morts-vivants, qui affrontait des mages fous et des templiers stupides, elle s'enfuit.

Il souriait bêtement. Elle lui avait rendu son baiser, et avec la manière! Il avait mal aux reins, cassés contre la table; à la clavicule, rudoyée dans la manœuvre; à la tête, à cause de l'insomnie.
Pourtant, mais qu'est-ce qu'il se sentait bien, tout à coup!

Cela étant, la proposition qu'ils s'étaient mutuellement faite tenait toujours, d'autant plus vu la tournure des événements. Il décida d'aller se rafraîchir brièvement, avant de solliciter un entretien avec Kahrs. Il remontait dans son esprit la liste des Templiers blessés à Val Firmin, et de la nature de leurs blessures. Autant paraître professionnel, avant d'accéder au bureau de Cousland et de confronter ce pauvre Jérémy. Peut-être valait-il mieux proposer une "assistance"...


Bien sûr, il faudrait qu'il fasse porter les remèdes que Clothilde n'avait pas pris en partant. Il s'en chargerait lui-même avec joie, mais peut-être valait-il mieux la jouer par la bande, ne pas la harceler...

Presque sans y penser, il laissait la magie soigner ses dernières contusions. Oubliés, les grands serments de contrition. Oubliée, la douleur expiatoire et les flagellations mentales.
Elle l'aimait! Enfin, du moins, elle était aussi attirée par lui. Mais c'était la même chose, pour lui! Enfin, pas exactement, évidemment, mais ça viendrait, sûrement!

Repenser à son regard le laissait tout chose, et la chaleur de ses lèvres s'attardait sur sa peau. Sa main, pressante, contre lui, avait laissé une marque qu'il aurait cru de feu. Tout le transportait. Il se sentait sur un petit nuage. C'était une vaste folie, mais cette folie n'avait-elle pas été bénie par Andrasté elle-même, qui avait permis, voir provoqué ce moment?

Ça posait pas mal de questions pour la suite, bien sûr, mais Louis n'avait plus été grisé de la sorte depuis des lustres. D'abord, la bagarre de Val Firmin, puis ça! Sa vie venait subitement de se parer de couleurs éclatantes.

Soudain, en parcourant les couloirs du quartier des mages, Louis croisa le chemin de Bruno, l'apprenti récemment Apaisé. Cela le fit penser à ses compagnons. Pour sûr, un grand nombre d'entre eux risquait de modérément apprécier sa récente passion pour les Templiers; même si tout le monde savait qu'il n'avait nulle animosité pour eux, les soutenir activement était encore autre chose.

Il se promit de préparer les esprits à ses nouvelles ambitions. Tiens, les étudiants en médecine de la Tour seraient peut-être intéressés par quelques cas pratiques servis sur un plateau? Et les mages, contents de voir leur quotidien un peu chamboulé, pourraient se rendre utiles aux yeux des Templiers...

Il fila dans sa chambre, et d'une plume agitée, passa commande de plusieurs philtres, potions et composants dont il aurait besoin incessamment sous peu.

Le sommeil avait beau demander son dû, Louis n'avait aucunement l'intention de lui céder avant très, très longtemps.
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MessageSujet: Re: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat Clothilde de Gerfaut

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[FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat Clothilde de Gerfaut

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