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 [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat. Louis de Ghislain

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MessageSujet: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat. Louis de Ghislain Lun 22 Juin 2015 - 17:34


Une lueur dans les ténèbres
Louis & Clothilde


✥ Date, mois, année Wintermarch, 2, 5 :12 des Exaltés  
✥ Lieu Tour de Monstimmard
✥ Moment de la journée Au cœur de la nuit
✥ Autre -




C’était comme l’océan. Il y avait toujours une légère houle, discrète mais lancinante, et parfois des vagues irrépressibles, insoutenables, qui s’élevaient à une hauteur vertigineuse, avant de déferler couvertes d’écume dans une explosion de douleur. Clothilde se maudissait d’avoir refusé l’aide des mages quand ils la lui avaient proposée. Par orgueil et par peur, la templière avait préféré endurer la souffrance plutôt que d’accepter une guérison facile, et elle occupait désormais ses nuits d’insomnie à regretter sa fierté. Les prescriptions de ses soigneurs étaient stricts : deux potions pour atténuer la douleur par jour, pas une de plus. L’effet d’accoutumance aurait été trop violent – risquait-elle déjà quelque chose, elle qui se gavait de lyrium ? En attendant, elle se réveillait au cœur de la nuit en serrant son bras en miettes contre elle, attendant le matin avec une impatience grandissante.
Il était encore bien trop tôt pour se lever ce matin-là, mais la jeune femme ne tenait plus dans son lit. Elle devait faire quelque chose, occuper ses pensées, focaliser son attention sur autre chose que sur la douleur qui allait et venait tandis que ses os se remettaient lentement en place. Elle quitta donc la chaleur de ses draps pour passer une épaisse robe de chambre et se glisser hors de la minuscule pièce. Son bras replié contre elle, les cheveux en désordre, des cernes sous les yeux, Clothilde avança dans le couloir, savourant la distraction qu’offrait le froid de la pierre sous ses pieds nus. La nuit, la tour était plongée dans le silence et le calme. Çà et là, une lampe à huile diffusait un halo doré sur les murs nus, guidant les insomniaques. La templière ignorait où elle comptait se rendre, mais ça n’avait pas d’importance. Elle espérait simplement pouvoir se défaire de cette douleur un moment.
La vie au Cercle avait considérablement amoindri ses facultés de combat. Sa réactivité, sa force, sa robustesse : les évènements avaient prouvé qu’elle avait perdu une grande part de ses qualités martiales. Elle détestait ce qu’elle était devenue. Par deux fois à Val Firmin elle avait frôlé la mort ; par deux fois, c’était un mage qui l’avait sauvée. Elle devait sa survie non à sa vaillance, mais à la magie. Cette pensée lui faisait froid dans le dos. Il fallait absolument qu’elle se reprenne. Il lui fallait les entraînements rigoureux des templiers hors de la tour, et une vie plus dure, dépourvue du confort offert par Montsimmard. Elle devait sortir d’ici, et cette fois le Templier-Capitaine ne pourrait pas l’en empêcher. Du moins si son bras se remettait…

Silencieuse et seule, comme une ombre, Clothilde quitta les dortoirs des templiers. Elle esquiva ceux qui montaient la garde, préférant ne pas attirer l’attention sur elle, et descendit lentement les marches. Elle frissonnait malgré sa robe de chambre. Les étroites fenêtres de la tour ne donnaient que sur un noir absolu, comme si la tour se trouvait au milieu d’un océan d’obscurité et que le monde entier avait disparu. La jeune femme en détourna le regard.
Ses pas la menèrent presque naturellement devant les portes de la chapelle. L’endroit était toujours ouvert, à toute heure du jour et de la nuit, afin d’accueillir ceux qui en éprouvaient le besoin. Clothilde poussa doucement le battant et pénétra à l’intérieur. S’il y avait bien un moment où elle avait besoin de retrouver le Créateur, c’était maintenant. Elle avait vu des choses troublantes à Val Firmin, s’était retrouvée confrontée à des horreurs qui hantaient encore ses rêves troublés, et avait perçu la puissance – et la dangerosité – des anciens rites elfiques. Et, surtout, elle avait vu la mort de près, si près qu’elle doutait parfois d’y avoir réellement échappé.
Ses pieds nus foulant les dalles glacées, après avoir brièvement salué les deux sentinelles en faction ici pour la nuit, elle s’approcha du chœur illuminé de cierges à demi consumés. On viendrait les remplacer avant l’office du matin – à en juger par ce qu’elle avait vu de l’extérieur, quelques instants plus tôt, l’aube ne percerait pas avant encore plusieurs heures. Un long soupir s’échappa de ses lèvres lorsque Clothilde se laissa tomber sur le banc du premier rang. Elle porta un regard las sur la haute statue d’Andrasté derrière l’autel. Jamais encore elle n’avait tant douté de ses propres capacités, et ce doute la tétanisait.

« Le chemin est long, et mon corps fatigué, mais je me réjouis, ô Créateur, car Tu es avec moi. »

L’inanité de ces mots lui arracha un rire amer, qui s’acheva dans une grimace de douleur. Le cantique ne lui apportait aucun réconfort, et le Créateur lui semblait bien loin d’elle à cet instant. Elle aurait aimé pouvoir discuter avec quelqu’un, mais savait que sa fierté l’aurait empêchée de confier ses questionnements à quelqu’un. Elle n’aurait même jamais osé se confier à Evan. Il n’y avait que le Créateur pour l’écouter, si jamais Il lui prêtait l’oreille à cet instant.

« Ô Créateur, je n’ai pas été digne de l’Ordre, soupira-t-elle, fixant les hautes flammes des chandelles au pied d’Andrasté. Je n’ai pas été digne de Toi. »

Clothilde passa une main lasse sur son visage et ferma les yeux. Durant un long moment, elle resta immobile, jusqu’à ce qu’un bruissement à ses côtés la fisse sursauter. Elle tourna vivement la tête, et la surprise et l’embarras la laissèrent sans voix un instant, pas seulement parce qu’il se trouvait là à cette heure improbable. Louis de Ghislain lui avait sauvé la vie, et elle ne l’avait même pas remercié pour cela.

« Drôle d’heure pour une promenade de santé », fit-elle remarquer.

Sa tentative de paraître cynique lui parut pitoyable. Avec les cheveux en bataille et les yeux gonflés, difficile d’avoir l’air crédible. Et Louis ne paraissait pas mieux en point qu’elle.
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MessageSujet: Re: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat. Louis de Ghislain Lun 22 Juin 2015 - 21:10

Nuit calme, sans sommeil, sans rêves, avec quelques élancements et beaucoup de remises en cause. Paradoxal? Qui pourrait le lui reprocher, le cordonnier n'est-il pas toujours le plus mal chaussé? Le soigneur avait-il le droit de laisser sa blessure coûter la vie à tant d'alliés? A-t-il le droit d'utiliser ses ressources magiques pour guérir son propre corps plus que nécessaire?
Une fois l'os ressoudé, il suffirait d'un peu de temps, et de stoïcisme, pour finir le travail. En attendant, chaque élancement représentait le dernier cri d'un Templier, d'un mage, d'un soldat ou d'un civil resté piégé dans ce trou.

Un bruit ténu traversa le silence devant la cellule de Louis. Un instant, il se pris à rêver qu'elle rentrerait, au courant du fait que c'était une cellule individuelle, et qu'elle se montrerait pleine de gratitude et de désir pour lui. Allons, mon vieux Louis, il est temps de se réveiller. Son sauveur, son héros, est blond, grand, fort et rayonne de panache. Il a tué à lui seul une horde d'Abominations, ainsi que la rumeur le prétend. Comment un pauvre petit mage coupable d'avoir abandonné tant d'innocents aux affres de l'ensevelissement pourrait-il rivaliser? se dit-il en son for intérieur.
En tous cas, il était maintenant complètement réveillé. Un frôlement, un coin de tissu sur une dalle de l'escalier, suggérait que quelqu'un descendait d'un étage de plus, en robe. La chapelle, ou les réserves. Vu l'heure, plutôt la chapelle. Une âme en peine, donc.

La dernière fois que des pas avaient résonné au milieu de la nuit, la moitié du Cercle s'était fait la malle, faisant exploser le laboratoire, et toutes les recherches en cours qu'il y avait entreprises. Je ferai mieux de m'assurer qu'il s'agit bien d'un promeneur nocturne pensa-t-il, tout en jetant un vieux manteau rapiécé sur ses épaules, et en enfilant son bonnet de nuit.

Au bout du couloir, la lueur d'une chandelle vacillait dans le dernier virage de l'escalier. Le calme et le silence démontraient que qui que soit le promeneur, il était seul. Et voulait le rester. Mais la fibre compatissante de Louis, et l'insomnie, le poussèrent à vouloir quand même se rendre compte par lui-même de ce dont il retournait. Ce parfum, dans l'air, était-ce son imagination? Si c'était vrai, il ferait vraiment mieux de retourner se coucher. Mais son corps avait déjà décidé d'avancer.

Il marcha jusqu'aux portes de la chapelle, aussi silencieux qu'il le pouvait, et jeta un œil discret à l'intérieur.  

" Ô Créateur, je n’ai pas été digne de l’Ordre. Je n’ai pas été digne de Toi."
Andrasté, que c'était gênant! Elle était là, pénitente, en chemise de nuit, près de l'autel, priant pour son salut. Elle, l'héroïne sans peur, la courageuse femme qui sauta dans une fosse sans en connaître la profondeur ou le contenu, le rempart qui offrit sa chair pour sauver des innocents, elle s'estimait indigne. Parfois, on aimerait être sourd.
Louis faillit faire demi-tour, honteux d'avoir surpris cette intimité qui ne lui était certainement pas destinée; mais il était trop tard. les sentinelles l'avaient aperçu, et lui adressèrent un signe de tête. Elle saurait, forcément. Et s'il partait maintenant, elle croirait qu'il l'espionnait. Ce qui n'était pas tout à fait faux. Autant assumer, faire comme si de rien n'était. Autant faire semblant d'être à l'aise, décontracté, super détendu. Détendu, mon petit Louis. Détendu.

Il s'approcha d'elle, doucement, et nota qu'elle portait une attelle large, et que son bandage était visiblement trop serré, gênant l'articulation. Elle devait souffrir à chaque mouvement. Volontairement?

Il s'installa à son côté, et attendit patiemment qu'elle finisse ses dévotions. Lui aussi adressa une prière au Créateur, sans trop savoir pourquoi exactement.
Elle sursauta soudain, prenant conscience de sa présence. Il appréhendait déjà de se faire agonir et chasser comme un intrus. Mais elle marqua une seconde d'arrêt, avant de lui lancer une petite phrase en forme de main tendue.
"Drôle d'heure pour une promenade de santé" lui lança-t-elle, avec une causticité aussi charmante qu'inattendue.


"Ha, gente dame, je ne vous le fais pas dire. Votre santé ne va pas s'améliorer, nu-pieds sur ces dalles de marbre. Vous allez attraper la mort si vous ne vous couvrez pas."
D'un seul coup, Louis se maudit d'avoir mis ces nipes pour venir. Il enleva son bonnet, et se mordant les doigts intérieurement, offrit son manteau décati à la jeune femme pour se réchauffer. Que n'avait-il pas pris sa cape de De Ghislain? Même en chemise de grosse toile, Clothilde était magnifique, et il sentait son cœur battre la chamade comme un jouvenceau. Mais habillé comme un manant, quelle chance avait-il de lui faire la moindre impression favorable?

"Je vois que votre bras n'est pas réparé. Qui dois-je frapper à coups de canne pour vous avoir si mal soignée?" dit-il, en tendant sa main valide vers son épaule.

En même temps, son esprit battait rase campagne. Devait-il parler des mots qu'il avait surpris? Evoquer Val Firmin? Fermer son grand clapet à sornettes? Bouger? Que les flammes des cierges jetaient de beaux reflets dans ses yeux... Avait-elle froid, ou pas? Allait-elle prendre le manteau, ou non? Par pitié, par politesse, par besoin, par plaisir, par envie, par réflexe, par ... Et si elle disait non? La terre s'ouvrirait sans nul doute sous lui pour lui épargner la honte misérable qui lui pendait au nez...
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MessageSujet: Re: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat. Louis de Ghislain Lun 22 Juin 2015 - 22:39

Elle ne s’était pas vraiment attendue à cela. Lui, d’ordinaire si beau, si élégant, si apprêté, en robe de chambre et bonnet de nuit ! L’image la laissa pantoise un instant, avant de lui arracher un sourire amusé, le premier depuis son retour à Montsimmard. Elle baissa les yeux vers ses pieds nus. Le froid lui tirait de longs frissons qui la faisaient trembler. Elle claquait presque des dents, ainsi immobile sur son banc, et les tressaillements entraînaient de violents élancements dans son bras blessé.

« C’est une forme d’auto-flagellation », répondit-elle, mi-sérieuse, mi-plaisantant.

Il avait dû remarquer son état car, d’un geste d’une courtoisie presque désuète, il lui offrit son manteau. Clothilde le regarda un instant en silence. Il avait fait cela spontanément, sans réfléchir, sans une seule seconde penser au fossé qui les séparait. Elle ne portait pas son armure, il ne portait pas sa robe. Cette nuit, elle était presque tentée de penser qu’ils étaient de simples êtres humains, non une templière et un mage.
Qu’avait-il entendu, exactement ? Quand était-il arrivé ? Il la surprenait là dans une position plus qu’inconfortable, presque honteuse. Elle se repentait auprès du Créateur, ignorant que le jeune homme se tenait près d’elle. Qu’allait-il imaginer ? Qu’elle était faible, et misérable ? Qu’elle était pathétique ? Elle l’était, en réalité. Et elle aurait bien donné sa solde pour une bouteille d’alcool. Allait-il se servir de ce qu’il avait vu ? Allait-il se moquer, ternir sa réputation ? Elle repoussa cette idée. De tous les mages de la tour, Louis était sans doute le plus respectueux des templiers, et le plus désireux de conserver de bonnes relations avec eux. Se moquer et répandre des rumeurs ne lui ressemblaient guère.

« Si vous parlez à qui que ce soit de ce que vous venez de voir et d’entendre, menaça-t-elle pour la forme, je parlerai à tout le monde de ce manteau et de ce bonnet de nuit. »

Elle accepta finalement l’offre et étendit le vieux vêtement sur elle, frissonnant de plus belle. Il lui aurait fallu un bon feu de cheminée – et toujours une bouteille d’alcool – et la nuit aurait repris un cours plus plaisant.

« Il faut du temps pour ressouder un bras, paraît-il. Du temps et des nuits blanches. »

Elle se tut un instant, gênée par la situation. Comme toute bonne templière, avoir recours à la magie la rebutait, même s’il s’agissait de la soulager de ses souffrances. Elle s’efforça de plaisanter et de mettre un peu d’humour dans le ton de sa voix, mais la présence de Louis, en ce moment d’intimité, la rendait nerveuse. Il n’avait pas commenté ce à quoi il avait assisté à l’instant. Clothilde lui en savait gré. Elle aurait détesté avoir à parler de ça.
La chaleur revenait peu à peu autour d’elle, sous le manteau du mage, et elle poussa un soupir d’aise. Le vieux tissu râpé portait l’odeur de Louis. Non le parfum de son savon, ni celui dont il se frottait les poignets et le cou pour plaire aux demoiselles gloussantes de la tour, mais la simple odeur qui émanait de sa peau. Clothilde la respira une minute, sans arrière-pensée, apaisée par le silence et la quiétude de la chapelle. Doucement, elle chercha une position plus confortable sur le banc, le regard toujours fixé sur les hautes flammes des cierges, avant de se décider à s’amender :

« Je ne vous ai pas remercié pour ce que vous avez fait à Val Firmin. On m’a raconté comment vous êtes venu me chercher, comment vous m’avez… soignée. J’aurais dû venir vous voir beaucoup plus tôt. Je suis navrée de ne pas l’avoir fait. Merci. »

Elle avait débité cela d’une seule traite, presque sans respirer, le regard fixé sur les pieds d’Andrasté devant eux. Des jours durant, elle s’était demandée pourquoi Louis avait agi ainsi. Ils n’étaient pas amis ; ils s’entendaient certes bien, et ils avaient souvent eu l’occasion de discuter, mais ils n’avaient jamais eu de véritables liens d’affection. Pourtant le mage avait fendu les rangs des combattants pour la ramener en sécurité et soigner ses blessures les plus graves. À présent qu’il se tenait près d’elle, elle n’osait pas le lui demander. En réalité, elle redoutait d’entendre la réponse, tout en ignorant pour quelle raison.
Elle se tourna finalement vers lui et scruta son visage fatigué. Comme elle, il portait une attelle autour du bras, et comme elle, il avait l’air de souffrir. Cette constatation surprit Clothilde. Louis était pourtant mage et excellait dans l’art de guérir.

« Vous semblez bien mal en point, vous aussi. Pourquoi n’avez-vous pas soigné vos propres blessures ? s’étonna-t-elle. C’est possible, non ? Je veux dire… vous guérir vous-même ? »

Elle hésita de nouveau. À quel moment s’était-il fait une telle blessure ? L’espace d’une seconde, elle l’imagina endurant un coup d’une violence inouïe, juste pour la secourir, elle, et la culpabilité – et l’embarras – lui ôta toute couleur du visage. Personne n’avait évoqué le mage, lorsqu’elle avait demandé comment s’était terminée la bataille. Tout le monde avait expliqué comment il l’avait sauvée, certes, puis comment Evan avait porté le coup fatal à l’Abomination, mais personne n’avait parlé d’une clavicule en morceaux. Clothilde adressa une prière mentale au Créateur pour lui épargner une telle dette.
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MessageSujet: Re: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat. Louis de Ghislain Mar 23 Juin 2015 - 12:50

Louis sourit sincèrement. Ainsi, la carapace de la tortue cachait tout de même une femme soucieuse de son apparence ; et de celle de son interlocuteur. Non pas qu'elle en ait besoin, belle comme un orage d'été.  
Navré tout de même qu’elle souligne la pauvreté de sa tenue, il décida d’en plaisanter lui aussi. Détendu, on avait dit.
« Je crois que question élégance nocturne, nous sommes quittes, Madame.  Je vous ai connu plus apprêtée. En fait, chuchota-t-il sur le ton de la confidence, je viens de les voler au concierge, pour ne pas vous faire honte en arrivant… Mais j'aurais pu m'abstenir, car la robe de chambre vous sied à ravir! ajouta-t-il, une lueur égrillarde dans l'oeil.

La mention d’une douleur expiatoire le renvoya à ses propres sentiments et ses propres démons. Elle se navrait de n’avoir pas tenu la ligne jusqu’au bout ; elle se désolait d’avoir été blessée en parant l’assaut d’un monstre. Pendant que lui, par négligence, avait causé une douzaine de morts. Décidément, elle aimait placer la barre très haut.
Quand à ce que j’ai entendu, pour parler franc, j’aimerais essayer de vous aider à aller mieux, et un médecin ne parle jamais de ses patients. Au pire, vous pourrez invoquer que ce qui se passe sous le regard du Créateur ne regarde que lui. Et puis, laissez moi être un ami, pour ce soir au moins; ce qu'on se dit entre amis ne doit pas en sortir, n'est-ce pas? »

Finalement, le sol restait solide sous leurs pieds. Tout n’était peut-être pas perdu pour lui, elle ne le rejetait pas encore.

"Vous n’avez pas à me remercier, Clothilde.  J’aurais couru cent fois plus loin s’il l’avait fallu, j’aurais épuisé la moindre once de magie en moi avant de vous laisser mourir, et encore. Votre vie m'est bien trop précieuse pour que je vous laisse subir le moindre tort."
Il rosit légèrement, car il en disait plus qu'il ne voulait. Comme souvent. Mais tant pis, seuls dans cette chapelle, il aurait été sacrilège de sa part de ne pas profiter de l'occasion offerte par Andrasté pour embrasser, quoi, au moins son destin!
Quitte à faire, autant jouer la partition au complet, et il décida qu'un peu de passion serait bienvenue.

"Vous avez été héroïque, là bas, et vous avez sauvé des milliers d’innocents. Vous avez en tous cas préservé un grand nombre de vos camarades par vos réflexes et votre combativité. Vous avez été blessée uniquement à cause de votre  dévouement et de votre courage. Le coup qui vous a atteint aurait pu vous coûter le bras, vu sa violence et son vice. La majeure partie de vos frères d'armes n'en auraient pas supporté tant avant de faire retraite, la queue entre les jambes. "

Il était bien conscient d'en rajouter un peu, mais après tout, c'était vrai: vu son état, Clothilde aurait certainement perdu son bras sans des soins immédiats et dévoués... et peu de soldats, même templiers, pouvaient prétendre avoir subi des blessures aussi invalidantes.

Se rembrunissant, Louis se décida à parler un peu de lui, pour égaliser les confidences, et rasséréner la jeune femme. Prenant une brusque inspiration, il continua.
"Je pourrais certainement me guérir, comme vous guérir, avec un minimum d’efforts. Mais c’est une forme d’expiation, pour moi aussi.  Je n'ai pas été blessé au combat, ni en sauvant des vies. J'ai été blessé parce que j'étais distrait et dissipé. J’ai pris un caillou sur l’épaule, un bête caillou. Et je me suis effondré comme une fillette, laissant les autres mourir ensevelis. Par ma faute, ils sont tous morts ; parce que je n’ai pas été à la hauteur, contrairement à vous.
Il s'arrêta un instant, la gorge serrée. Le penser était déjà dur, mais en parler, qui plus est avec une femme comme elle, lui laisser savoir quel incapable meurtrier il avait été, lui causait une douleur vive, digne d'un poignard dans les reins.

Il poursuivit néanmoins, comme prévu, alternant le compliment, la confidence, et une pointe de brusquerie pour piquer la fierté de la jeune femme.
Mais, si vous estimez ne pas avoir été assez performante, ce n’est pas avec un bras en train de se ressouder de travers que ça va s’arranger… Vous aurez l'air malin avec un bras qui fait des vrilles; mais à part faire tourner un bâton de carnaval, ça ne vous sera pas d'une grande aide. En tous les cas, pas pour votre bouclier ridiculement lourd.  
Laissez-moi regarder ça. Pas de magie sans votre accord, c’est promis.  Et,
ajouta-t-il en scrutant ses cernes et son teint bistre, un bon bol de bouillon ne vous ferait certainement pas de mal. Venez, venez. »

Sans tenir compte du fait que la jeune femme n'avait peut-être pas terminé ses dévotions, il entreprit de l'entraîner dans les hauteurs, vers le réfectoire, et la salle d'étude qu'il affectionnait, avec ce fameux grand fauteuil à oreilles.
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MessageSujet: Re: [FF] Une lueur dans les ténèbres ~ feat. Louis de Ghislain Mar 23 Juin 2015 - 21:14

Un ami ? Clothilde pinça les lèvres, un peu embarrassée. Elle ne comptait pas d’ami parmi les mages – aucun templier n’en comptait – mais Louis semblait la considérer comme telle. Au fond, elle aurait aimé mieux le connaître, et le fréquenter plus, sans craindre pour sa carrière ou le regard des autres. Louis était le cadet des de Ghislain, la plus illustre famille d’Orlaïs après celle de l’impératrice elle-même. Il devait avoir le même âge qu’aurait eu Lisandre, ou peu s’en fallait. Chaque fois qu’elle posait le regard sur lui, elle imaginait ce qu’aurait pu devenir son frère, si les templiers venus le chercher avaient opté pour la manière diplomatique, et non la force. Elle n’avait jamais parlé de cela à qui que ce soit. Parler du drame qui avait frappé les de Gerfaut était tabou : personne ne devait ouvrir la bouche, de peur que la rumeur néfaste ne se propage et engloutisse leur nom dans la ruine. Le Noble Jeu devait se poursuivre, envers et contre tout. Pour le monde entier, Mélisende et Lisandre de Gerfaut avaient perdu la vie dans un incendie de cheminée. Cette mascarade lui donnait la nausée, encore maintenant.
Elle sentit son cœur manquer un battement quand il évoqua ce qui s’était passé dans les ruines. Le monde autour d’elle parut disparaître tandis qu’elle écarquillait les yeux, stupéfaite. Sa vie, « bien trop précieuse » pour lui ? De quoi parlait-il ? Elle avait mal compris, ou il s’était trompé, ou ses mots avaient un autre sens… Son instinct premier lui enjoignit de quitter la chapelle sur le champ, avant que Louis ne commence à délirer pour de bon, mais elle ne put esquisser le moindre mouvement. Elle n’entendit même pas la suite de son commentaire, tellement sidérée qu’elle ne put se concentrer sur ses paroles. « Bien trop précieuse » ?
Elle se détourna brusquement de lui. Jamais encore un mage ne lui avait parlé de cette façon. On l’avait insultée, raillée, ignorée, mais une telle déclaration – par le Créateur ! mais qu’est-ce qui lui prenait ? –, jamais de la vie ! Mais il poursuivait comme si de rien n’était, comme s’il n’avait jamais rien dit que la plus plate des banalités. Incapable de le regarder en face, Clothilde conservait obstinément les yeux tournés vers la statue, son cœur battant une chamade bien trop rythmée à son goût.
Louis s’éloigna néanmoins de ce sujet, comme s’il avait remarqué le malaise de la jeune femme, ou comme s’il éprouvait le besoin, lui aussi, de s’épancher sur les déboires qu’il avait connus à Val Firmin. Alors que ses sens retrouvaient leur fonctionnement normal, la templière l’entendit évoquer ceux qu’il n’avait pu sauver, à cause d’une distraction. Elle repoussa la question qui lui venait à l’esprit et, la gorge sèche, essaya de le réconforter à son tour.

« Vous ne pouvez pas sauver tout le monde. D’autres auraient pu le faire à votre place, et ont échoué eux aussi. Leurs vies ne reposaient pas qu’entre vos seules mains. Et ce n’est sûrement pas la distraction qui vous a causé cette blessure, mais l’épuisement. Sans vous… »

Elle laissa sa phrase en suspens, incapable de la terminer. Sans Louis, elle serait morte. Bien trop précieuse.

« Je n’ai pas besoin que… »

Ses protestations moururent sur ses lèvres, et elle se laissa entraîner par l’enchanteur. Elle lui faisait instinctivement confiance, et malgré les mots qui lui avaient échappé, il demeurait sans doute le seul auquel elle pourrait parler sans craindre ni moqueries ni fourberie. Les pans du vieux manteau resserré autour d’elle, Clothilde quitta la chapelle, Louis sur ses talons. Elle pouvait sentir ses doigts presque posés sur son dos, tout en gardant une distance respectable. La sensation lui tira un frisson. Mieux valait faire comme si elle n’avait rien entendu. Elle n’aurait ainsi ni à répondre, ni à se sentir si mal à l’aise.
Ils traversèrent les couloirs, gravirent les escaliers. Le bandage compressait le bras de Clothilde dans une position inconfortable, mais elle ne pouvait faire aucun mouvement sans provoquer un élancement plus violent encore. Louis avait raison : il fallait qu’un médecin regarde ça, et un plus compétent que le boucher qui auscultait les templiers. Elle n’était pas certaine de trouver encore du bouillon à cette heure de la nuit, et doutait que le mage sut en préparer un, mais l’attention était touchante. Et de toute façon, elle n’avait pas sommeil. Quitte à rester éveillée, et à ne pas savoir comment s’attirer les bonnes grâces du Créateur, autant passer les dernières heures de la nuit à discuter. Si Louis pouvait soulager un peu la douleur, elle n’allait pas s’en plaindre.
Il n’y avait personne à cet endroit à cette heure, pas même un garde de faction. Clothilde traversa les rangées de bancs vides pour gagner les cuisines, de l’autre côté. Les lieux étaient d’une propreté impeccable, mais il restait, sur la crémaillère de la cheminée, un large chaudron de fonte. Elle se glissa jusque là et souleva le couvercle d’une main, grimaçant sous l’effort.

« Soupe de pois. Magnifique. »

L’épais liquide était tiède, signe qu’il avait mijoté une bonne partie de la journée. D’une louche généreuse, la templière remplit deux bols, qu’elle posa sur la longue table en travers de la pièce. Ce ne serait pas un bouillon, mais ça ferait l’affaire. Avisant le garde-manger, elle disparut à l’intérieur, avant de revenir avec une miche de pain dans sa main valide et une bouteille de vin marchéenne coincée sous le bras.
Après avoir posé le tout sur la table, elle s’installa sur le banc, repoussa le manteau de Louis et poussa un long soupir. Le bandage lui faisait un mal de chien.

« Je vous en supplie, si vous pouviez seulement desserrer ça… »


[Je te laisse le soin de poursuivre dans les cuisines.]
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